?> Les donateurs de Courbet | Petit Palais

Les donateurs de Courbet

Depuis la mort de Gustave Courbet en 1877, sa sœur cadette Juliette (1831-1915), héritière d'œuvres majeures restées dans l'atelier de l'artiste, se consacre à la défense et à la diffusion de l'œuvre de son frère.

Si Juliette Courbet offre les Pompiers courant à un incendie au corps des Sapeurs-Pompiers de la Ville de Paris dès 1882, ses dons en faveur du Petit Palais ne débutent que vingt ans plus tard. C’est en 1906 en effet qu’elle accepte de se séparer des Demoiselles des bords de la Seine. Ce tableau, capital dans la carrière de son frère, lui avait été remis en 1901 par Etienne Baudry, écrivain et ami du peintre, pour être donné à un musée. Il vient rejoindre deux toiles de première importance sur les cimaises du Petit Palais : La Sieste pendant la saison des foins, achetée par le Ville de Paris à la vente de l’atelier Courbet en 1881, et Proudhon et ses enfants acquise en 1900.

Courbet, Portrait de Juliette Courbet

Trois ans plus tard, Juliette Courbet décide d’offrir six nouveaux tableaux au Petit Palais : trois portraits familiaux, celui de leur sœur Zélie, le sien à l’âge de 13 ans et celui de leur père Régis auxquels s’ajoutent l’Autoportrait dit Courbet au chien noir, exposé au Salon de 1844, Les Amants dans la campagne, réplique du tableau conservé au Musée des Beaux-Arts de Lyon, et Trois baigneuses, une représentation de nus féminins dont le musée ne possédait pas d’exemple jusque-là.

Reconnaissante, la 4e commission du conseil municipal propose d’attribuer une médaille de donateur à Juliette Courbet et de créer au Petit Palais une salle spécifique destinée à faciliter l’étude de l’œuvre de l’artiste. Ouverte au public le 23 février 1909, la « Salle Courbet » présente le peintre « dans les diverses phases de son génie »1. En effet les œuvres présentées au Petit Palais sont représentatives des différentes périodes de la carrière de l'artiste : les œuvres de jeunesse y côtoient celles du scandale, de la maturité et de l’exil.

L’ouverture de cette salle est accueillie avec enthousiaste. Vilipendé de son vivant, Courbet est désormais reconnu comme l’un des grands maîtres de la peinture française. Le journal Les nouvelles, après avoir fait l’éloge de la donatrice, rappelle que le Petit Palais possède grâce à elle les Demoiselles des bords de la Seine, « chef-d’œuvre sans défaut, qui peut compter parmi les dix ou douze pièces capitales de l'art au dix-neuvième siècle »2. Pour L’Humanité, « dans sa sobriété superbe, la Salle Courbet est, dès aujourd’hui, une des plus belles dont se puissent enorgueillir les Collections de Paris »3.

JCouverture du catalogue de l'exposition Courbet de 1929uliette Courbet fait un dernier don au Petit Palais en 1912, une sculpture de Courbet intitulée Femme à la mouette, et s’éteint trois ans plus tard dans la plus grande discrétion, après avoir passé une grande partie de sa vie à garder fidèlement la mémoire de son frère, en « sœur aimante et dévouée travaillant sans intérêt aucun »4.

Parallèlement le fonds Courbet du Petit Palais s’enrichit des dons successifs consentis par le journaliste et critique d’art Théodore Duret, qui permettent de faire entrer dans les collections le Portrait de Monsieur Corbinaud en 1906, Grappes de raisin, L’âne et Le Chevreuil en 1913, Rochers à Ornans en 1920 et Portrait de femme en 1922.

Enfin, le transfert au musée, pour sa réouverture après la guerre en 1920, des Pompiers courant à un incendie, et l’achat du Sommeil à la galerie Paul Vallotton en 1953, viennent compléter cet ensemble.

Le Petit Palais s’est attaché par ailleurs à faire connaître l’œuvre de Courbet par le biais d'expositions : rétrospectives en 1929 et en 1955 et plus récemment avec l’exposition Yan Pei-Ming / Courbet, Corps-à-corps, organisée en 2019-2020 à l’occasion du bicentenaire de la naissance du maître d’Ornans.

C. M.

1 Henry Lapauze, Le palais des beaux-arts de la Ville de Paris (Petit Palais), 1910, p. 73.

2 "L'actualité. Un magnifique présent", Les Nouvelles, 15 février 1909.

3 "Notes. La Salle Courbet", L'Humanité, 21 février 1909.

4 Lettre du 15 septembre 1906 de Juliette Courbet à Henry Lapauze, Centre de ressources documentaires du Petit Palais, dossier donateur "Juliette Courbet".