?> Jeune femme jouant de la mandore ou Solitude | Petit Palais

Edgard Maxence est né à Nantes en 1871, dans une famille aisée. Il s’installe à Paris en 1891 et étudie à l’école des beaux-arts, dans l’atelier d’Élie Delaunay, puis de Gustave Moreau, une rencontre décisive pour Maxence. Malgré un parcours brillant à l’École des beaux-arts – Moreau le classe parmi ses meilleurs élèves –, il est éliminé au concours du prix de Rome. Il se consacre alors à une carrière aisée et lucrative entre Nantes et Paris, fort de ses nombreuses commandes de portraits et de peintures religieuses. Il est également attiré par les légendes celtes et les sujets médiévaux ou renaissants.

Il peint inlassablement des œuvres aux titres mystérieux, représentant des femmes en méditation dans des paysages, à la fois sensuelles et hiératiques. Ses peintures intemporelles lui permettent d’obtenir une grande renommée et de nombreux succès au Salon. Il est médaillé d’or à l’Exposition Universelle de 1900, nommé chevalier puis officier de la Légion d’Honneur en 1900 et 1927, et enfin, élu à l’Institut de France en 1924.

Le tableau du Petit Palais est l’une des quatre toiles de Maxence exposées au Salon de 1910 : Solitude. Dans un paysage de forêt obscure et mystérieuse, une jeune femme rousse à la peau diaphane joue de la vielle, assise. Elle est coiffée selon la mode bretonne et vêtue d’un costume Renaissance. Son visage idéal, serein et inspiré, contraste avec un paysage de forêt sombre et réaliste. La rude écorce des arbres fait ressortir sa carnation parfaite. Enfin, le cadre cintré et sculpté dans un style Renaissance, façonné par Maxence lui-même, renforce l’aspect mystique et religieux de la peinture.

Le tableau n’a pas de source identifiable, qu’elle fût littéraire ou légendaire. Même si Maxence, originaire de Nantes, a toujours gardé une affection forte pour sa terre natale, le tableau n’évoque que vaguement Brocéliande et le folklore breton. Il mêle la réminiscence indéterminée des fées Viviane ou Mélusine avec sa connaissance de Rossetti et de Burne-Jones et son goût pour un art précieux et spirituel. Son anglophilie est manifeste dans le choix du titre lors de son exposition au Salon de 1910, avec un sous-titre anglais, Peaceful Seclusion, que l’on peut traduire littéralement par « en paix à l’écart du monde ». Quel est exactement le sujet de l’œuvre ? Il est bien difficile de le dire tant Maxence évite l’anecdote au profit d’une indétermination du sens. Comme il l’explique lui-même, « la petite scène, le tableautin de drame, la grande composition grandiloquente qui prétend narrer quelque chose : les voilà les ennemis du peintre ! ». Chez Maxence, le rien, le vide et le doute prévalent sur la question du sujet. Celui-ci demeure énigmatique pour laisser place à la contemplation de la peinture et à la méditation.

S. D. de V.

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