L’œuvre  fait référence aux bals organisés pour les jeunes filles de la haute société, avant leur entrée dans le monde des adultes et l’annonce de leurs fiançailles. Cette scène de genre dans un salon au parquet ciré symbolise ce passage initiatique. Une fillette reste blottie contre sa mère pour écouter la musique, tandis que ses aînées s’initient aux plaisirs de la valse.

Les gestes souples des danseuses aux reins cambrés par le port du corset, mettent en valeur leurs silhouettes en S caractéristiques de la mode en 1900. Ce jeu des courbes, souligné par les volutes des rubans et des dentelles, se rattache à l’esthétique curviligne de l'Art nouveau. Placé en oblique dans l’angle gauche du tableau, le piano Erard aux tonalités sombres et aux angles aigus sert de faire-valoir aux toilettes claires où se déclinent le bleu, le rose et l’ivoire. Cette marque de piano français était très répandue dans les salons à la fin du XIXe et pendant le premier tiers du XXe siècle. Le médaillon ovale visible sur le couvercle relevé indique que ce modèle a été primé lors d’une Exposition universelle.

Bal blanc est l’une des toutes premières peintures acquises pour le musée du Petit Palais qui venait d’être inauguré. Le choix de l’œuvre s’est fait au Salon des Artistes français, où Avy exposait régulièrement depuis 1895.

Une courte comédie en deux scènes écrite en 1897 par Lucien Puech  porte le même titre que le tableau d’Avy. L’intrigue réunit six jeunes filles de 16 à 18 ans, qui déclarent trouver le bal blanc, d’où les garçons sont exclus, fort ennuyeux. Elles considèrent que ce serait « une honte s’il existait encore en 1900, à l’aurore du nouveau siècle ». Pour les adolescentes, ces fêtes domestiques qui les obligent à ne valser qu’entre-elles sont d’une monotonie désespérante. « Nous aimons la danse certes, mais nous l’aimons justement à cause du flirt [qui permet]  à nombre de nos amies de trouver l’époux de leur choix ». Si l’expression bal blanc perdure jusqu’à la guerre de 1914, l’organisation de ces fêtes pour jeunes filles, dont le tableau d’Avy immortalise les joies innocentes, va en effet évoluer vers une mixité plus propice au choix d’un fiancé.

I. C.

En savoir plus : consulter l'Etude pour la pianiste du "Bal Blanc"

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