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Sérusier consacra 39 ans de son œuvre à la Bretagne qu’il découvrit auprès de Gauguin dès 1888, alors qu’il était encore élève de l’Académie Julian à Paris.

A partir de 1891, il résida plus complètement dans le Finistère et fit construire sa maison en 1906 dans le village de Chateauneuf-du-Faou. Ce bourg d’agriculteurs proche de Pont Aven l’avait attiré par sa faible fréquentation touristique et la douceur de son environnement vallonné. Cet isolement volontaire était rompu par de brefs séjours parisiens chaque hiver et l’été par les visites de peintres amis comme Maurice Denis, qui passait ses vacances non loin de là à Perros-Guirec.

Tricoteuse au bas rose illustre bien le travail des dernières années de Sérusier qui s’éloigne alors de la réalité bretonne pour s’inspirer des tapisseries médiévales. Le peintre âgé, marqué par l’alcoolisme, la maladie de sa femme et la mévente de ses œuvres semble trouver refuge dans une peinture plus intemporelle et plus libre des règles de composition fondée sur le nombre d’or, « rythme et instrument de la divinité », qu’il s’imposait jusqu’alors. Encore bretonne par certains aspects du vêtement, mais semblant surgir d’un lointain passé, la Tricoteuse de ce tableau ainsi que la plupart des jeunes filles occupées à des travaux d’aiguille que Sérusier représente à la fin de sa vie évoquent les Parques de l’Antiquité tissant le fil de la vie.

La technique du peintre a évolué depuis ses débuts dans le groupe des Nabis dont il fut le théoricien. Abandonnant l’usage du vernis, il conserve l’aspect mat des couleurs appliquées sur un support de grosse toile rugueuse, rappelant ainsi la texture des fresques italiennes et des décors de Puvis de Chavannes. La rondeur des contours du paysage de la Tricoteuse enveloppant la jeune fille aux traits stylisés d’un sombre camaïeu de verts, ponctué de quelques accents de rose, garde le souvenir des collines de Chateauneuf-du-Faou et la vision d’une nature bienveillante.

I. C.

Base des collections des musées de la Ville de Paris

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