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Alice de Lancey choisit le célèbre peintre Carolus-Duran pour réaliser son portrait. Il la représente allongée sur une méridienne richement garnie de tissus et de coussins. Celle que l’on désigne au Salon de 1877 comme « la dame au coussin rouge » fut l’une des grandes courtisanes du Paris de la Belle Epoque.

Le modèle porte une élégante robe de bal en satin de soie blanche dont le corsage aux dentelles brodées de perles est mis en valeur par l’imposant coussin rouge qui la soutient. Allongée nonchalamment, à l’image du portrait que François Boucher réalisa de son épouse (1743, New York, Frick Collection), elle fixe du regard le spectateur tout en tenant son éventail. Cette allure élégante et érotisée est accentuée par  un corsage « cuirasse » au décolleté profond et une jupe dessinant une silhouette fuselée très près du corps. Les talons dorés de ses chaussures, d’une couleur différente du reste de la toilette, sont inhabituels pour l’époque et soulignent le caractère audacieux de la tenue.

La jeune Alice, dite la Comtesse de Lancey, était née en 1851 à Baltimore sous le nom de Julia Tahl. Dès son arrivée à Paris elle fréquenta les soirées parisiennes et eut une vie mondaine agitée, à l’image de celles que l’on surnommait alors « les horizontales ». Elle eut parmi ses amants le Baron Antoine d’Ezpeleta. Le portrait du Baron et celui de son chien « Chinois » par Carolus-Duran, furent légués au musée du Petit Palais par Mademoiselle de Lancey, avec son portrait en 1913. Mais c’est surtout la liaison qu’elle entretenait avec le Comte Nissim de Camondo qui fit scandale à l’époque.

La jeune américaine avait acquis une partie du domaine de Louveciennes, ancienne propriété de Madame du Barry. Elle meubla le domaine en investissant dans une coûteuse collection d’œuvres d’art qui reflétait bien l’engouement de l’époque pour l’art du XVIIIe siècle. Edmond de Goncourt, dans son journal, s’amusait de cet intriguant couple que formait Mademoiselle de Lancey et le riche banquier : « l'ironique intérieur de Louveciennes, là où habita Madame du Barry et où habite aujourd'hui Mme de Lancey et où le banquier Camondo remplace Louis XV ».

En effet, c’est le grand oreiller rouge vif sur lequel s’appuie la Comtesse de Lancey dans le tableau qui créa la polémique. Dans cette œuvre, tout est affaire de tissu et de couleur : satin blanc, draperie verte, coussin écarlate et soie cramoisie finissent par jurer aux yeux des contemporains. Carolus-Duran aurait mieux fait de « s’abstenir » de « tirer des feux d’artifice » remarque la critique du Salon de 1877. De même, la robe blanche du modèle déchaîna les commentaires : elle est « maculée d’ombre », ses « plis sont forcés » et elle est « d’un ton sale ». Les critiques du Salon allèrent tous de leur adjectif pour déprécier la toile. Mais cette débauche de couleur et de luxe n’en était pas moins à l’image du modèle.

Car lorsque Paul Mantz, critique d’art écrivant dans le journal républicain conservateur Le Temps, remarque que le tableau manque « d’une certaine tempérance », tout laisse à croire qu’il pense la même chose du modèle. A l’image des mots cinglants d’Edmond de Goncourt, la critique en soulignant le caractère « criard » de l’œuvre semble aussi s’en prendre au modèle. Car cette même année au Salon, Carolus-Duran expose un second portrait :  un enfant « avec l’heureux éclair de la vie ». Contrairement à Mademoiselle de Lancey, l’œuvre est saluée par la critique. On lui reproche juste le « voisinage tapageur de la dame au coussin rouge ». Ce n’est donc pas uniquement la touche de Carolus-Duran qui déplait, la personnalité du modèle y jouerait aussi son rôle.

Ce portrait de Mademoiselle de Lancey illustre bien la carrière de Carolus-Duran qui sut s’attacher les grandes fortunes du temps par son talent de portraitiste. Dans un luxe assumé, il exprime parfaitement la beauté et l’audace de cette jeune américaine fortunée. Icône d’une époque et d’une vie facile, la Comtesse de Lancey, parée d’une fleur fraîche dans les cheveux, séduit encore avec  ces « petits pieds chaussés de fins souliers à talons d’or », ceux-la même qu’avait remarqué Paul Mantz en 1877.

H. V. de S.

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