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Cette grande composition orientaliste présentée au Salon des Artistes français en 1889 a rejoint les collections du Petit Palais en 1905. L’œuvre nous fait pénétrer dans une maison marocaine un jour de veillée mortuaire. Restaurée avec son cadre d’origine, en 2014, grâce au soutien des musées de Toulouse et de Montréal, elle vient de reprendre sa place au musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, dans la galerie du rez-de-jardin consacrée au XIXe siècle.

Son installation fait suite au prêt du tableau à la rétrospective « Benjamin-Constant, merveilles et mirages de l’orientalisme », organisée par le musée des Augustins de Toulouse et le musée des beaux-arts de Montréal.

Acteur majeur de l’orientalisme célébré par la Troisième République, Benjamin-Constant fut salué de son vivant tant pour ses ambitieuses compositions à sujet historique que pour ses talents de portraitiste particulièrement appréciés par la clientèle américaine. Il reçut des commandes de peintures décoratives pour des lieux prestigieux tels que l’Opéra-Comique, la Sorbonne, l’Hôtel de Ville de Paris et le Capitole de Toulouse.

Composée plus de vingt ans après le séjour du peintre à Fez, l’œuvre du Petit Palais offre une belle démonstration de l’imaginaire orientaliste de Benjamin-Constant, habile metteur en scène de ses souvenirs marocains. La composition s’organise en une succession de plans horizontaux. Au premier plan, le corps encadré par des étendards est étendu à même le sol sur un riche tapis d’Orient jonché de roses et de branches d’olivier. La mort se devine déjà sur son visage encore jeune (proche du type éthiopien ou subsaharien). La tête repose sur une selle à troussequin et pommeau élevé, typique des cavaliers d’Afrique du nord. Son corps mince enveloppé dans un burnous blanc est richement vêtu d’étoffes aux teintes subtiles. Sa main est ornée d’une bague précieuse et d’un anneau d’or qui signent l’importance de ce dignitaire anonyme.La partie supérieure du tableau est occupée par les femmes qui veillent le corps. Le groupe de droite est composé de trois femmes de type arabe ou berbère richement parées. Elles esquissent des gestes – jeux de voiles et de manches - qui semblent tromper leur immobilité.  Une lumière venue de la droite éclaire ce groupe des teintes chaudes du couchant. À gauche, dissimulée dans l’ombre, une femme de type africain aux traits à peine visibles, semble plongée dans une affliction plus profonde. À l’extrémité gauche du tableau, non loin de la tête du défunt, s’échappe la fumée légère d’un brûle-parfum.  Le sol de marbre blanc se prolonge par un grand mur de couleur claire, orné dans sa partie basse de carreaux de céramique au motif floral géométrique, inspiré de l’Alhambra. 

Pour donner plus de vérité à ce sujet d’invention, le peintre  a porté un soin particulier aux objets de l’apparat funéraire. L’atelier parisien de l’artiste était richement décoré de toute une collection de tapis, tissus,  boiseries et objets en provenance d’Afrique du nord qui  servaient de modèles pour ses tableaux. Les armes qui entourent le défunt sont ainsi reproduites avec exactitude. Suspendus au mur, le long fusil à silex, la grande dague à lame courbe richement travaillée, la poire à poudre redisent le statut de celui qui fut le maître des lieux. Une atmosphère calme et silencieuse se dégage de l’ensemble, accentuée par la sobriété du décor. Dans cette œuvre de la maturité, Benjamin-Constant renonce à la violence et à l’érotisme affiché des compositions qui firent sa popularité. Le thème funèbre traité ici dans un registre d’une sobre gravité livre au spectateur une réalité ethnographique assez précise dans la description des types ethniques, des objets, des costumes et des attitudes. Au-delà de son exotisme assumé, l’œuvre nous confronte à l’expérience universelle de la mort.

Resté dans l’atelier après son exposition au Salon, le tableau marque la fin des grandes compositions orientalistes de Benjamin-Constant. Comme pour effacer le souvenir de son relatif échec au Salon (le tableau n’étant ni primé ni vendu), l’artiste en modifie légèrement la composition par la suite en remplaçant la fenêtre de l’arrière-plan par un voile noir. La restauration a fait réapparaitre, en bas à droite, la date de 1889 qui avait été dissimulée sous un repeint. L’œuvre ainsi remaniée est entré au musée avec un nouveau titre : « La Mort de l’émir ».

I. C. et R. Z.

Bibliographie : Notice rédigée par Dominique Lobstein dans catalogue Benjamin-Constant (1845-1902), merveilles et mirages de l’orientalisme, Paris, éd. Hazan, 2014, p.208-211.

Base des collections des musées de la Ville de Paris

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