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L’acquisition ou le transfert de reliques au  Moyen Age suscite la réalisation de reliquaires précieux pour les exposer à la vénération des fidèles.Celles en rapport avec le Christ lui-même, et notamment les fragments du bois de la croix, sont naturellement considérées comme les plus vénérables.

On les dépose dans des staurothèques, auxquelles travaillent divers spécialistes des arts précieux : orfèvres, ivoiriers, émailleurs. L’émail est un matériau artificiel vitreux, dont les coloris évoquent celui des gemmes. Le métal précieux, ou rendu précieux par dorure ou argenture, peut être apprêté selon deux manières pour le contenir : le cloisonnage crée de petites cloisons délimitant des cavités pour recevoir la poudre ensuite fondue ; le champlevage, qui le remplace largement à partir du XIIe siècle, les creuse directement dans la plaque. Le métal lui-même, le plus souvent du cuivre doré, est repoussé – par enfoncement sur le revers de la feuille – et ciselé.

La staurothèque du Petit Palais se réfère à une œuvre réalisée très probablement par l’orfèvre mosan Godefroy de Huy († 1175) pour l’église Sainte-Croix de Liège. La composition en triptyque et le thème iconographique des anges adorateurs de la croix qui portent des instruments de la Passion ont une origine byzantine. Les apôtres occupent les deux volets. Les émaux sont appliqués en champs unis ou modulés plus subtilement : bleus ou verts éclairés de jaune ou de blanc, ombrés de cobalt...

En dépit du goût généralement très sûr des propriétaires successifs de cette œuvre – le prince Soltykoff dans la première moitié du XIXe et les Dutuit jusqu’en 1902 – on a récemment mis en doute la parfaite authenticité de cette œuvre. Un examen en laboratoire à l’aide des techniques les plus modernes a démontré qu’elle était absolument contemporaine des émaux limousins et mosans des XIIe et XIIIe siècles déjà connus.

P. L.

Base des collections des musées de la Ville de Paris

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