Si l’œuvre sculpté de Sarah Bernhardt a longtemps été éclipsé par sa gloire théâtrale, ses qualités, récemment redécouvertes, ne sont aujourd’hui plus contestées. La sculpture représentait plus qu’un passe-temps pour Sarah Bernhardt, il s’agissait d’une deuxième vocation.

Sarah Bernhardt commença à pratiquer la sculpture dans les années 1870 : elle prit alors des leçons auprès des sculpteurs Mathieu-Meusnier et Jules Franceschi et suivit des cours d’anatomie mais sa formation resta cependant largement autodidacte. De 1874 à 1897, Sarah Bernhardt exposa régulièrement au Salon des artistes français. Le naturalisme de ses premières œuvres (comme Après la tempête, groupe exposé en 1876) céda rapidement le pas à un style marqué par le symbolisme, parfaitement illustré par l’Autoportrait en chimère, daté de 1880, qui demeure sans doute aujourd’hui la sculpture la plus célèbre de l’artiste et la plus abondamment reproduite. Sarah Bernhardt s’est manifestement amusée à pratiquer des genres très variés, qui vont du monumental à la petite sculpture décorative, en passant par le portrait (voir le Buste de Victorien Sardou, bronze, 1900, Petit Palais). Ses sculptures inspirées d’algues marines, exposées à l’Exposition universelle de 1900, surprennent par leur fantaisie presque « avant-gardiste » et témoignent d’une fascination pour le monde végétal proche de celle des artistes de l’Art nouveau (en témoigne la dague en forme d’algue acquise en 2014 par le Petit Palais).

Cette sculpture appartient aux premières œuvres réalisées par l’actrice : datée de 1877 elle s’inspire du personnage de Triboulet, le malheureux héros du Roi s’amuse de Victor Hugo, pièce écrite en 1832. Triboulet, bouffon à la cour de François Ier, ne parvient pas à empêcher le roi de séduire sa fille. Au désespoir, il tente d’assassiner François Ier, mais le complot échoue et c’est finalement sa propre fille que le bouffon tue au terme d’un tragique quiproquo.

Dans la sculpture de Sarah Bernhardt, Triboulet est facilement identifiable à son costume de bouffon médiéval. Le visage hagard, il tient dans ses mains un crâne, peut-être celui de sa fille et semble méditer sur la vanité de l’existence et l’horreur de la mort, tel un second Hamlet. Bien que ce bronze porte sur un côté des vers tirés des Fleurs du mal de Baudelaire, la sculpture rend en fait un hommage manifeste à Victor Hugo : l’homme de lettres et l’actrice se vouaient une admiration réciproque et Sarah Bernhardt incarna sur les planches de nombreuses héroïnes du théâtre hugolien. En 1877, l’année précisément où elle réalisa cette sculpture, Sarah Bernhardt triomphait ainsi dans le rôle de Dona Sol (Hernani) : il n’est donc pas étonnant qu’elle se soit alors inspirée du théâtre d’Hugo pour l’une de ses premières sculptures.

Le choix du personnage de Triboulet n’est guère surprenant non plus de la part de Sarah Bernhardt, dont la fascination pour la mort est bien connue. Les vers de Baudelaire, extraits du poème « Une charogne » (Oui telle vous serez ô la reine des grâces / Après les derniers sacrements / quand vous irez sous l’herbe et les floraisons grâces / Moisir parmi les ossements) renforce encore l’horreur de la scène et son caractère macabre.

La sculpture Le fou et la mort n’est connue qu’à quelques exemplaires. Le musée Despiau-Wlérick à Mont-de-Marsan en conserve une esquisse en terre cuite, tandis que le musée des Beaux-arts de Dijon possède une épreuve en bronze de mêmes dimensions que le bronze acquis par le Petit Palais.

C. C.-V.

 

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