Détails de l'œuvre
Date :
1514
Matériaux et techniques :
Burin
Numéro d'inventaire :
GDUT4008
Dimensions :
H. 24,3 x l. 18,7 cm (avec marges)
Mode d'acquisition :
Legs Dutuit, 1902, 1902
Près d’un édifice inachevé, la Mélancolie est assise au milieu du désordre. Ses yeux fixent le vide, une comète luit au-dessus de la mer à l’arrière-plan. Un angelot morose repose sur une meule, un chien famélique dort, des instruments d’architecte ou de charpentier sont éparpillés au sol. Albrecht Dürer livre avec cette gravure l’une des images les plus mystérieuses et les plus célèbres de l’Occident. Elle représente un être supérieur, ailé, couronné de laurier et entouré des symboles de la création, qu’une inertie chagrine étreint. Conscient et disposant des instruments de la connaissance, il pense, mais n’agit pas. Dürer a-t-il appréhendé la mélancolie comme l’une des quatre humeurs dont on pensait alors qu’elles conditionnaient l’être humain ? Livre-t-il une réflexion humaniste sur la nature saturnienne de l’artiste, confronté au doute et au sentiment d’impuissance ? Ces interprétations ne s’excluent pas mutuellement.
Médium reproductible et diffusé à large échelle, la gravure est le plus lucratif des arts que Dürer pratique. Ignorant l’étendue de la culture visuelle des personnes entre les mains desquelles elles arriveraient, et souhaitant qu’elles s’adressent à chacun, il a pu sciemment concevoir ses gravures comme des œuvres ouvertes, aux significations potentielles multiples. Aucune analyse de Melencolia I n’a jusqu’ici permis de donner une interprétation qui engloberait tous les détails de sa composition ; c’est précisément dans le fait qu’elle se dérobe à toute lecture systématique que réside son succès à travers les âges.