Estampes

Estampes anciennes

Dès l'âge de 22 ans, Eugène Dutuit se lance dans l'acquisition de ses premières estampes animé par un désir ardent de constituer une histoire exhaustive de la gravure, des origines jusqu'au début du XIXe siècle. Inspiré par les écrits érudits du baron Heineken et d'Adam Bartsch, il rêve de rassembler les pièces les plus remarquables de toutes les écoles artistiques.

Autodidacte passionné, Dutuit bâtit son savoir au fur et à mesure de ses acquisitions et de ses rencontres avec des experts ou des marchands d’estampes de confiance, tel que Louis Jean Eugène Clément, dont les conseils avisés guident ses choix à de multiples reprises. Chaque estampe ou recueil gravé ajoutés à sa collection est soigneusement sélectionné, souvent d’un état exceptionnel, et ayant appartenu à un collectionneur prestigieux.

En 1868, Eugène Dutuit réalise un achat spectaculaire qui fait grand bruit dans le monde de l'art : il acquiert le huitième et dernier exemplaire existant de La Pièce aux cent florins de Rembrandt. Cette estampe, dans son premier état sur papier japon, est exceptionnelle par la grandeur de ses marges. Elle a appartenu à d’illustres collectionneurs tels que Petersen Zoomer, ami de Rembrandt, et Vivant Denon, premier directeur du Louvre. Grâce à cet achat remarquable, Eugène Dutuit se hisse au rang des plus grands collectionneurs de son époque.

Sa collection comporte des pièces majeures d'artistes de renom tels que Marcantonio Raimondi, Albrecht Dürer, Martin Schongauer, Lucas de Leyde ou Rembrandt. Si les trois premiers tomes de son Manuel de l’amateur d’estampes sont consacrés à l'école hollandaise, son domaine de prédilection, le collectionneur ne s’y limite pas. Il collectionne également les primitifs italiens, notamment des nielles du XVe siècle d'une rareté exceptionnelle. L'École allemande est représentée par les magnifiques estampes du Maître E. S (1466), tandis L'école flamande est mise à l'honneur avec les œuvres de Pierre-Paul Rubens (1577-1640) et d'Antoine Van Dyck (1599-1641) et sa remarquable série de portraits.

L'École française, quant à elle, y occupe une place de choix avec des artistes tels que Jacques Callot (1592-1635), Claude Mellan, Robert Nanteuil, Gérard Audran ou Edelinck. Le Petit Palais possède la quasi-intégralité des œuvres de Le Lorrain. Le XVIIIe siècle est marqué par la présence des meilleurs graveurs de l'époque, tels que Jean-Michel Moreau le jeune et Gabriel de Saint-Aubin. Le grand Portrait de Louis XV par Leblond est un spécimen rare des débuts de la gravure en couleurs.

L'école anglaise est évoquée à travers les noms de William Woollett, William Hogarth et Robert Strange, tandis que l'école espagnole se distingue avec les premiers tirages des Caprices, la série Tauromachie de Goya ou les belles eaux-fortes originales de Ribera.

L’ambition d'Eugène Dutuit dépasse celle de la simple collection personnelle : il écrit un Manuel de l'amateur d'estampes prévu en huit tomes, ouvrage destiné à guider les amateurs dans leur découverte. Avec minutie, il y note les prix des estampes lors des ventes auxquelles il assiste, offrant ainsi une estimation précieuse des pièces les plus exceptionnelles. Il y aborde les diverses écoles artistiques : l'école italienne et espagnole, l'école allemande, l'école hollandaise, l'école française et anglaise. Eugène Dutuit publie également L’Œuvre complet de Rembrandt en 1883, illustré d’héliogravures, dans lequel il met en lumière l'ensemble de l'œuvre de ce maître incontournable. Avec un soin méticuleux, le collectionneur a rassemblé nombre d’estampes remarquables, dont les états exceptionnels ont traversé les générations.

Sélection d'estampes anciennes

  • Martin Schongauer, La Vierge assise dans une cour, entre 1475 et 1480
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Lucas Cranach, La Pénitence de Saint Jean Chrysostome, 1509
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Albrecht Dürer, Le Chevalier, la Mort et le Diable, 1513
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Albrecht Dürer, Melencolia I, 1514
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Marc Antoine Raimondi, La Carcasse, vers 1520 – 1527
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Jacques Callot, La Tentation de saint Antoine, 1635
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Rembrandt, Les trois Arbres, 1643
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Rembrandt, La Pièce aux cent florins, 1649
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Rembrandt, Femme nue allongée dite "La Négresse couchée", 1658
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • William Hogarth, La Brigue des votes, planche II [Canvassing for Votes. Plate II], entre 1755 et 1758
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

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Estampes modernes

Afin de compléter la collection d’estampes anciennes des Dutuit, Henry Lapauze (1867-1925), premier conservateur puis directeur du Petit Palais, s'attache à acquérir des œuvres du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Soucieux de mettre en valeur les créations les plus récentes et d'éveiller l'intérêt du public pour ces œuvres d’art méconnues, alors que l'estampe traverse une crise liée à la multiplication des procédés photomécaniques, il crée le « musée de l’Estampe moderne ». Ce nouvel espace est inauguré le 27 juin 1908, au rez-de-chaussée du Petit Palais, dans la galerie donnant sur l'Avenue des Champs-Élysées, à l’opposé de la galerie du Cours-la-Reine qui accueillait déjà les estampes de la collection Dutuit.

La collection d’estampes modernes naît donc véritablement avec cette initiative. Afin de la constituer au plus vite, Lapauze obtient de pouvoir solliciter directement collectionneurs et artistes. Cette même démarche de collecte a déjà permis de constituer le fonds de dessins modernes dont une partie est présentée dans la Grande galerie, aux côtés des peintures, et sera reprise pour la création du musée de la Médaille française. Grâce à son important réseau et sa force de séduction auprès d’interlocuteurs tant français qu’internationaux, le conservateur voit sa démarche couronnée de succès. De très nombreux donateurs – collectionneurs et artistes, mais aussi marchands et éditeurs, ayants-droits ou amis d’artistes ayant à cœur de valoriser la production de leur proche – se mobilisent pour accompagner ce projet.

Parmi ceux-ci, Henri Béraldi, grand collectionneur d’estampes, bibliophiles et historien de la gravure, offre cent portraits d'hommes d'État, de savants ou d'artistes, tels ceux de Jacques-Louis David, d’Honoré Daumier ou encore de Gustave Doré. Jeanne Chaplin, veuve du peintre Charles Chaplin, offre plus de 600 estampes dues tant à son défunt époux qu’aux amis, élèves et collègues de ce dernier. De très nombreux dons plus modestes, d’artistes célèbres ou aujourd’hui méconnus, viennent compléter ces ensembles importants : Félix Bracquemond, Félix Buhot (par l’intermède de sa veuve,  Henrietta Johnston), Edgar Chahine, Théophile Alexandre Steinlen, Henri de Toulouse-Lautrec (grâce à son ami Adolphe Albert)… Ce sont quelques 3000 estampes d’artistes vivants et de graveurs du XIXe siècle que Lapauze parvient ainsi à réunir grâce à la générosité de ces donateurs.

Le noyau issu de cette première collecte de 1908 est activement enrichi par des achats et des dons ultérieurs, ainsi que par un ensemble d’estampes éditées par la Ville de Paris, commandées chaque année par le biais de la 4e Commission, dont le Petit Palais devient dépositaire en 1912. La collection s’accroît encore aujourd’hui, grâce à de nouvelles généreuses libéralités et par des achats qui visent à en compléter les manques. La diversité des œuvres ainsi acquises accompagne celle du fonds déjà existant : techniques variées, estampe originale ou d’interprétation, artistes reconnus ou redécouvertes.

Sélection d'estampes modernes

  • Eugène Delacroix, Faust dans son cabinet, 1827
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Félix Bracquemond, Edmond de Goncourt, 1er état, 1881
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Félix Bracquemond, Edmond de Goncourt, 2e état, 1881
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Félix Bracquemond, Edmond de Goncourt, 3e état, 1881
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Félix Bracquemond, Edmond de Goncourt, 6e état, 1881
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Félix Buhot, L'Hiver à Paris, 1881
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Henry de Toulouse-Lautrec, Répétition générale aux Folies Bergère, 1893
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Pierre Bonnard, Affiche de l’exposition « Les peintres-graveurs », 1896
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Grimelund, Rue de village sous la neige au soleil couchant, ou La Neige en Norvège, vers 1904
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

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