Un couple d'américains philanthropes et francophiles

Edward Tuck est né en 1842 dans l'état du New Hampshire aux États-Unis. Diplômé de droit, il entame une brève carrière de diplomate à Paris, en 1864, avant d'être recruté par la Munroe Bank l’année suivante. C’est à l’occasion d’un voyage à Paris, pendant la Commune, qu’il rencontre Julia Stell, une riche héritière américaine, avec laquelle il se marie en 1872. Le couple s’installe à New York où le retiennent les fonctions d’Edward au sein de la direction de la Munroe Bank. En 1880, il se met à son compte et investit dans les chemins de fer et l'industrie qui font sa fortune.

Tombés amoureux de la France, les deux époux multiplient les voyages transatlantiques et c'est tout naturellement qu'ils s'installent à Paris, en 1889, lorsqu'Edward se retire des affaires. Ils reçoivent, dans le salon de leur appartement des Champs-Elysées, de nombreuses personnalités américaines de passage à Paris. En 1898, ils acquièrent le château de Vert-Mont, situé entre Malmaison et le domaine de Bois-Préau, qu’ils restaurent et agrandissent.

Edward et Julia s'adonnent à de nombreuses activités philanthropiques entre la France et les États-Unis : création de l’hôpital Stell à Rueil Malmaison en 1903, création d'une école ménagère pour les filles ouvrières en 1906, création de l'une des toutes premières Business School : l’Amos Tuck School of Administration and Finance, au sein du Dartmouth College dont Edward est diplômé…

Louis-Aimé Lejeune, Buste de Julia S. Tuck
Louis-Aimé Lejeune, Buste de Julia Stell Tuck. CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

Leur action est également exemplaire pendant la première guerre mondiale : ils mettent à disposition du service de santé français l’hôpital Stell pour l’accueil des blessés de guerre et installent un centre de soutien psychologique à Vert-Mont. A l’issue du conflit, le château abrite plusieurs réunions préparatoires à la signature du pacte de la Société des Nations.

Des mécènes et collectionneurs

Ce sont également de grands mécènes. Ils soutiennent particulièrement le château de Malmaison, voisin de Vert-Mont, transformé en musée en 1905 (dons du domaine de Bois-Préau pour être réuni à celui de Malmaison et de la table des Maréchaux, commandée par Napoléon Ier pour commémorer la victoire d'Austerlitz). Par ailleurs, entre 1929 et 1934, Edward fait restaurer à ses frais le Trophée d’Auguste à la Turbie et finance la construction d'un musée de moulages qui porte son nom.

Le couple est aussi collectionneur et apprécie particulièrement les arts décoratifs du XVIIIe siècle. La collection se compose de mobilier, de tapisseries, de montres, de porcelaines de Sèvres, de figurines de Meissen, d’émaux anglais ainsi que de quelques belles peintures. Les Tuck ont également réuni quelques œuvres liées à la figure de Benjamin Franklin qu’ils admirent. Cependant, le point fort de la collection est sans conteste son remarquable ensemble de porcelaines de Chine, comprenant les pièces les plus rares, et comparé, pour sa qualité, à la collection Morgan par le New York Times en 1915. La collection fait l'objet d'une luxueuse publication en 1910 intitulée Some works of art belonging to Edward Tuck in Paris.

Terrine en porcelaine de Sèvres. Catalogue "Some Works of Art belonging to Edward Tuck in Paris"
Terrine en porcelaine de Sèvres. Planche issue du catalogue Some Works of Art belonging to Edward Tuck in Paris. CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

La donation en faveur du Petit Palais

Depuis les années 1910, Edward envisage d’offrir la collection à la New Hampshire Historical Society, dont il est l’un des bienfaiteurs, mais l'adoption en 1920 d'une loi française taxant fortement l'exportation des œuvres d'art à l'étranger l'amène à reconsidérer son projet. C’est le marchand d'art Sir Joseph Duveen, qui le conseille depuis des années dans la formation de la collection, qui met Edward et Julia en relation avec Henry Lapauze, directeur du Petit Palais. Séduits par la proximité du musée avec leur appartement des Champs-Elysées, les époux décident de donner, sous réserve d’usufruit, leur collection au Petit Palais en 1921. Après la disparition de Julia en 1928, Edward renonce à l'usufruit et suit de très près l'installation de la collection dans la galerie du Petit Palais qui donne sur les Champs-Elysées. En lien avec la maison Duveen et l’architecte Guillaume Tronchet, il achète de belles boiseries anciennes en chêne clair afin de créer un écrin pour la collection dont la présentation est inaugurée le 5 novembre 1930 en présence du président de la République, Gaston Doumergue.

Inauguration le 5 novembre 1930
Inauguration de la Galerie Tuck au Petit Palais le 5 novembre 1930. Article publié dans le journal Excelsior du 6 novembre 1930. Source gallica.bnf.fr / BnF

À la fin de sa vie, Edward alterne entre séjours à Paris et à Monte Carlo où il meurt le 30 avril 1938.

Edward Tuck et Julia Stell ont été récompensés pour leurs multiples actions philanthropiques. Tous les deux ont été décorés de la légion d'honneur : Julia a été nommée chevalier en 1917 et officier en 1921 et Edward, après avoir passé tous les grades, a été élevé à la dignité de grand-croix en 1928. Ils ont reçu de nombreux prix et médailles notamment le Prix de vertu, décerné par l'Académie française en 1916, et la médaille d'or du Conseil de Paris en 1921.

Documents en lien avec la donation

  • La Galerie Tuck en 2015

    La Galerie Tuck en 2015. Les boiseries en chêne ont été achetées spécialement pour l'installation de la collection en 1930.
    © Pierre Antoine

  • Plan des salles Tuck

    Plan de la Galerie Tuck publié dans La Renaissance de l’art français et des industries de luxe en janvier 1931.
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • La Galerie Tuck en 1930. Photographie publiée dans La Renaissance de l’art français et des industries de luxe en janvier 1931.
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Adrien Delorme et Pierre Roussel, Commode

    Adrien Delorme et Pierre Roussel, Commode, vers 1750-1760.
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Chaise à porteurs

    Chaise à porteurs, vers 1700-1715, bois doré, sculpté et peint.
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Tapisserie

    Manufacture de Beauvais d’après un carton de François Boucher, Psyché conduite par Zéphyr dans le palais de l'Amour et Psyché montrant ses richesses à ses sœurs, après 1741, laine et soie.
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Vitrine des porcelaines de Sèvres

    Vitrine de porcelaines de Sèvres en 1930.
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Manufactures de Sèvres et de Meissen, Cuvette à fleurs "à tombeau" à fond rose

    Manufactures de Sèvres et de Meissen (pour les fleurs), Cuvette à fleurs "à tombeau" à fond rose, 1760.
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Manufacture de Meissen, La Dame aux carlins

    Manufacture de Meissen, La Dame aux carlins, entre 1744 et 1750.
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Cima da Conegliano, Vierge à l’Enfant

    Giovanni-Battista Cima da Conegliano, Vierge à l’Enfant, entre 1500 et 1502, huile sur toile.
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Deux potiches chinoises de la famille verte à fond noir

    Deux potiches chinoises de la famille verte à fond noir. Planche issue du catalogue Some Works of Art belonging to Edward Tuck in Paris. 
    CC0 Paris Musées / Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

  • Remise de la plaque de grand officier de la Légion d'honneur à Edward Tuck. Article publié dans le journal Excelsior du 23 juillet 1927.
    Source gallica.bnf.fr / BnF

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