Une exceptionnelle icône du Patriarcat maronite restaurée au Petit Palais

L’icône de la Dormition du Patriarcat maronite : une œuvre unique désormais restaurée. A découvrir dans la salle des icônes Fondation Sisley d’Ornano du 3 au 29 mars 2020.

Le Patriarcat maronite conserve au Liban une grande icône de la Dormition de la Vierge, prêtée en France il y a deux ans à l’exposition « Chrétiens d’Orient, 2000 ans d’histoire ». Un constat approfondi de l’icône à cette occasion a montré la nécessité d’une restauration fondamentale. Le Petit Palais, qui conserve le plus important fonds d’icônes en France, a proposé au Patriarcat de conduire ce projet au sein de ses ateliers, tout en initiant une étude historique et technique.

UN TÉMOIGNAGE HISTORIQUE ET ARTISTIQUE SANS ÉQUIVALENT

En éclairant une époque peu documentée, cette oeuvre restaurée constitue une nouveauté pour la connaissance du patrimoine des chrétiens d’orient et des Maronites en particulier, catholiques orientaux rattachés à Rome au Moyen Âge. 

Par son iconographie issue de l’Orient chrétien, l’icône s’inscrit dans la continuité des fresques médiévales de style byzantin qui ornent nombre de chapelles et églises au Liban, tout en restant la seule icône connue pour le début du XVIe siècle, moment où la région passe sous le pouvoir des Turcs ottomans. Elle suggère que les images de type byzantin ont formé le répertoire commun des différentes Églises du Liban jusqu’au XVIe siècle, y compris chez les Maronites.

Cette Église connaîtra quelques décennies plus tard une latinisation importante qui va l’amener à adopter des images pieuses occidentales, apportées en Orient par les missionnaires européens.

L’ICONOGRAPHIE DE LA DORMITION

La fête de la Dormition commémore la mort de la Vierge et est célébrée le 15 août. Elle procède de la croyance ancienne selon laquelle la Vierge, conçue sans péché, a échappé au tombeau en montant directement au ciel à sa mort. L’icône suit le schéma habituel de ce sujet. 

Le Christ, placé au centre dans une mandorle peuplée d’anges, reçoit l’âme de sa mère, représentée sous la forme d’un bébé emmailloté. La Vierge repose sur son lit mortuaire entourée de saint Pierre, à gauche, qui encense son corps tandis que saint Paul, à droite, se prosterne à ses pieds. Ils sont entourés d’apôtres et d’évêques, réunis pour la déploration. En bas, à gauche des donateurs, l’ange Gabriel tranche les mains de Jéphonias, un habitant de Jérusalem qui avait tenté de profaner la dépouille.

LA DATATION DE 1523

L’une des clés de l’icône est la grande inscription en syriaque et garshouni (arabe en caractère syriaque) qui accompagne les deux donateurs représentés en bas à droite. Une lecture sous lumière UV a permis d’établir que la date mentionnée est 1523. Cette date est tout à fait remarquable car l’on ne connaissait pas jusqu’ici d’icônes peintes au Liban à cette période, cet art s’étant interrompu dans la région entre le XI I Ie et le XVI Ie siècle.

LES DONATEURS

Le premier est désigné comme « Fra Antoun le moine ». Vieillard à la barbe blanche, il est revêtu d’une chape dorée brodée de motifs floraux et porte une mitre d’évêque de forme latine, habituelle chez les évêques et les supérieurs de monastères maronites depuis le Moyen Âge. La mention de « fra » indique qu’il appartient à l’ordre des franciscains. Placé derrière lui, son acolyte est désigné comme le prêtre Carmelo. Il porte la capuche noire des moines orientaux et une chasuble sacerdotale, ornée d’une grande croix rouge de forme latine. 

LA RESTAURATION

Une première intervention a consisté à traiter le support en bois en débloquant les traverses du revers qui exerçaient une trop grande contrainte sur la peinture. La couche picturale a été restaurée à son tour en différentes étapes : refixage et consolidation de la couche picturale, décrassage, enlèvements des repeints et des vernis modernes, dégagement des mastics périphériques, réintégration des lacunes. L’analyse de l’essence du bois a révélé qu’il s’agit de cèdre, l’arbre emblématique du Liban.

Cette restauration a bénéficié du soutien de l’Ambassade du Liban, de l’OEuvre d’Orient et de mécènes privés. Les examens scientifiques ont été rendus possibles grâce au concours de l’INP (Institut national du Patrimoine), de l’INHA (Institut national de l’Histoire de l’Art) et du C2RMF (Centre de recherche et de restauration des Musées de France). La restauration a été menée par Rosaria Motta, assistée d’Emanuela Bonaccini pour la couche picturale et par Jonathan Graindorje Lamour et † Jean Perfettini pour le support bois. L’icône repartira au Liban à l’issue de son exposition au Petit Palais. 

Lyban
L'Oeuvre d'Orient
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